Gottlieb Moatz

Il était une fois, en Silésie, un lieu nommé les Monts des Géants. Il y vivait un paysan qui s’appelait Amédée Moatz, soit, en allemand : Gottlieb Moatz. C’était un homme plutôt rêveur. Selon une légende locale, il fût, dit-on, ruiné pour avoir laissé péricliter son exploitation agricole. En effet, il préférait, le nez au ciel, regarder les nuages.

Ils avaient des aspects multiples. On pouvait y reconnaître de fugaces sculptures d’éther, légères et éphémères, ou bien des personnages, des animaux qui se déformaient, se rejoignaient puis recomposaient une autre chimère, ils naissaient, courraient, se dissolvaient le long des pentes des Monts des Géants.

Mais parmi tous ces nuages, parmi ces cirrus, ces nimbus, il y en avait un qui était très étrange : il restait accroché à un sommet, le Hirschberg ; le Mont du Cerf.

Ce nuage restait immobile lorsque le vent du Sud coiffait les sommets de bonnets ouatés. Il restait là, échevelé, tournoyant, semblable à la tête de la Gorgone Méduse, tel un visage grimaçant, couronné de serpents. Oui ! Il restait là, fixement. Il niait la force du vent du Sud. Il le narguait. Et Gottlieb lui aussi, restait là, le nez en l’air à l’observer, à s’interroger. Lui aussi demeurait immobile. Aussi les gens du coin ont-ils fini par donner un nom à ce nuage mystérieux. Pour se moquer de Gottlieb qui restait fasciné par son spectacle, il l’appelèrent le Moatzagotl.

 

Bien plus tard, le nuage était encore là, étrange, toujours rebelle au vent du Sud. Un jeune pilote de planeur l’observait et se posait, lui aussi d’insondables questions. Un accident de motocyclette l’avait privé à 24 ans d’une de ses jambes. Aussi pilotait-il avec une prothèse en bois. Un jour de mars 1933, tenaillé par la curiosité, il prit un de ses planeurs, un Baby, et se fit remorquer vers le nuage indocile. Le parcours s’avéra particulièrement difficile. Des courants capricieux, tourbillonnants, imprévisibles semblaient protéger le nuage. Âprement, le pilote s’obstina. Enfin, de guerre lasse, l’air se fit docile, clément, accueillant même. Bientôt, une poussée verticale sembla l’éloigner de son ombre. Le jeune homme, enthousiaste dans son planeur, pris de l’altitude dans un éclat de rire nerveux et triomphant.

 

Une fois posé, il fit part de son expérience au Professeur Georgii, lequel avait participé à un ouvrage de référence avec le Dr Alexander Supan intitulé « Grundzüge des Physischen Erdkunde » (soit en français : « Principes de géographie physique »). Le savant conclut que les phénomènes décrits suivaient les lois de la mécanique ondulatoire. Le jeune pilote et le Professor venaient tout simplement de découvrir et de décrire l’onde orographique ou onde de ressaut. Après la première utilisation des ascendances thermiques par Wolfgang Klemperer le 30 août 1921 à bord de la « Souris Bleue » (Blaue Maus), c’était un progrès capital !

 

Le jeune homme était également fabricant de planeurs. Lorsqu’il dût trouver un nom à un modèle ultérieur à sa découverte, il lui donna le nom de ce nuage au comportement désormais expliqué. Ce fut le Grünau 7 Moatzagotl. Le modèle de sport qui en fut dérivé, de taille plus modeste s’appela le Gö 3 Minimoa. Ce jeune pilote unijambiste se nommait Wolf Hirth. Il s’associa avec Martin Schempp en 1935. La plupart des planeurs de sa firme eurent des noms de nuage : Cirrus, Nimbus, Ventus, Arcus… en souvenir du paysan-poète Gottlieb Moatz.

 

(référence : site http://www.richard.ferriere.free.fr)

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